Mission Pierra Menta

C’est assez « fou » ! Quand on est sur la ligne de départ et qu’on se dit que quelques mètres devant il y a des sportifs connus du monde entier comme Killian Jornet, François D’Haene et d’autres encore, c’est incroyable.

« Quand on est sur la ligne de départ et qu’ il y a des sportifs connus du monde entier comme Killian Jornet, François D’Haene et d’autres encore, c’est incroyable. »

Nous avons rencontré Sonia Brussoz quelques semaines après sa participation à la Pierra Menta, la course la plus célèbre course de ski-alpinisme en France. Originaire d’Annecy, Sonia revient avec nous sur ces 4 journées intenses sportivement et émotionnellement.

Bonjour Sonia, Félicitations pour ta participation à la Pierra Menta. Cette année, c’était ta deuxième participation après celle en 2019. Comment cette course s’est déroulée pour toi ?

Bonjour, merci beaucoup !

En effet cette édition 2022 est ma deuxième participation à la Pierra Menta, la course mythique du ski alpinisme.

Cette épreuve en quatre jours s’est très bien déroulée et a été à la hauteur de mes attentes et espérances.

Il faut dire que tous les éléments y étaient réunis ! Belle météo, parcours offerts par les organisateurs, coéquipier de choc, …

La course a été très riche en émotions diverses et variées, des pleurs aux rires et cela dès le premier jour ! Avec Adrien, mon coéquipier, nous avons réussi à mêler plaisir et effort sportif intense ce qui ne peut que permettre de passer de bons moments ! On a su s’amuser et également tout donner de nous même sportivement. Après ces quatre jours, je suis contente et heureuse, on termine la course avec le sourire, sans casse matérielle, ce que je redoutais le plus au départ. Passer la ligne d’arrivée le samedi c’est ce à quoi on pense pendant les milliers de mètres de dénivelé gravis chaque jour ! Quand on y arrive, on ne peut qu’être satisfaits de la course !

Peux-tu nous raconter jour par jour et en détail ce que tu as vécu lors de ces quatre étapes ?

Le premier jour c’était l’étape « Grande Journée, Mirantin » dans le pays du Beaufortain ! Une journée sous un ciel bleu magnifique avec environ 2600 mètres de dénivelé répartis en cinq montées et deux passages skis sur le sac et crampons aux pieds.

On entend toujours parler de la Pierra Menta comme l’une des courses mythiques, comme l’une des plus grandes au niveau mondial du ski alpinisme. Ce jour là, nous voilà sur la ligne de départ derrière des concurrents sportifs connus du monde entier dans le domaine du trail et du ski alpinisme et environ 200 autres équipes. Émotionnellement c’est très fort. C’est un mélange d’appréhension et de peur mais surtout de joie.

Tout d’un coup le départ est donné par les organisateurs et bénévoles. A ce moment là on ne réfléchit plus à tout le reste, on est lancés et on fonce pour tout donner et se dépasser physiquement. Petit à petit les conversions s’enchainent dans l’effort et l’instant de quelques minutes on se demande ce que l’on fait là, pourquoi nous ne sommes pas restés à la maison ! Un coup de « moins bien » comme on dit, mais avec une Pom’ Potes, une pâte de fruit, des encouragements on repart de plus belle ! On enchaine à nouveau les conversions, les pas dans la neige jusqu’aux cols et aux sommets. On crapahute sur les arrêtes avec vue sur la Pierra Menta, le Mont Blanc et les autres sommets des Alpes.

On reste concentrés quand même, il ne faut pas glisser, il ne faut pas tomber ! Arrivés dans la zone des « manips » on retire les skis du sac à dos, on enlève les peaux de phoque et on s’empresse d’attaquer la descente. Pour être entièrement honnête ce n’est pas dans les descentes que je prends le plus de plaisir. Heureusement mon coéquipier m’attend, je n’ai plus qu’à le suivre et ne plus trop réfléchir pour dévaler la pente jusqu’à l’arrivée. On est prudents, on évite la casse ! Les descentes de la Pierra Menta sont techniques et demandent des cuisses ! Il faut réussir à skier sur tous types de neige et à tous les endroits ! Autant dans la poudreuse dans les pentes que sur la glace dans les bois… Après avoir accompli les 2 600 mètres de dénivelé positif et négatif et les 20 km de distance nous voilà à l’arrivée.

Première étape terminée. Dans la joie et la bonne humeur de notre équipe ! Première course que l’on fait ensemble avec Adrien. On peut dire que c’est réussi ! Bonne entente et bonne ambiance assurées !

Un peu d’appréhension quand même pour l’étape du lendemain qui s’annonce être la plus longue des quatre jours. Hâte malgré tout !

Elle débute avec un réveil à 5h30 comme la veille qui pique un peu ! Le stress et la peur pointent le bout de leur nez dès avoir posé les pieds par terre.

Au briefing de la veille on nous annonce environ 3 000 mètres de dénivelé et beaucoup de kilomètres… A nouveau cinq montées et trois portages dans le secteur de Roche Pastir sous un ciel dégagé.


« Leurs cloches se font également entendre dans les rues du petit village d’Arêches Beaufort, village typiquement savoyard. On le traverse en courant chaussures de ski aux pieds. Des frissons nous envahissent« 


Sur la ligne de départ ce sont les mêmes inquiétudes et émotions que le jour précédent. Coup de sifflet et bruit des skis des coureurs en action sur la neige glacée se font entendre ! Les encouragements des enfants et des habitants du village avec leurs cloches se font également entendre dans les rues du petit village d’Arêches Beaufort, village typiquement savoyard. On le traverse en courant chaussures de ski aux pieds. Des frissons nous envahissent. Cette euphorie s’arrête petit à petit à la sortie du village quand il faut remettre les skis aux pieds pour affronter la première montée de 1100 mètres. A nouveau les conversions s’enchainent dans la pente derrière Adrien. On traverse les lieux majestueux du Beaufortain comme la passerelle de Saint Guerin. La faim se manifeste et l’hypoglycémie se rapproche à toute vitesse sous un soleil rayonnant et une chaleur accablante. Adrien, mon « épicier » favoris, s’empresse de me donner à manger, barres et Pom’Potes pour un ravitaillement de qualité ! Pour ne pas décrocher de ses talons l’élastique entre nous deux est mis et se tend ! Tout devient plus facile pour suivre les grandes enjambées d’Adrien alors que dans ma tête je ne pense qu’à tout ce que je pourrais dévorer, tellement j’ai faim ! Au sommet le sucre a dû repasser dans mon sang et tout va mieux ! On se met à dévaler les pentes ensoleillées tant bien que mal ! Pour la dernière montée la forme est de retour quand je vois Adrien qui, à son tour, se sent moins bien! Hypoglycémie, fatigue ? Et la magie d’une course par équipe et en particulier la Pierra Menta prend toute son importance : l’entraide des coéquipiers. L’élastique est de nouveau tendu pour les quelques derniers mètres de dénivelé de l’étape, on finira en beauté avec un esprit d’équipe rêvé. Dernière descente absolument difficile et affreuse pour moi! Passage avec cordes fixes, glace vive, ruisseaux et bien évidemment chutes ! Au loin la ligne d’arrivée puis le ravitaillement : quatre quart, saucisson, beaufort : combo parfait !

Une étape très longue avec ce dénivelé de folie et ces quelques 33 kilomètres dans un décor rêvé, des coups de moins bien  ou « bielles » comme on dit en « ski alpi », de l’entraide et une équipe de choc !

Nous sommes ravis à l’arrivée, demain on repart sourire aux lèvres pour la troisième étape et la fameuse arrête du Grand Mont, sommet emblématique du Beaufortain !

Le troisième jour se déroule dans le secteur du Grand Mont avec son sommet culminant à 2686 mètres d’altitude. Environ 2500 mètres de dénivelé et 22 kilomètres nous attendent ! Deux passages à pied, dont un portage avec crampons, baudrier et longes ! Une vraie étape de ski alpinisme, digne de la Pierra Menta!

La météo est cette fois moins belle que les jours précédents. La couleur du ciel et la couleur de la neige se mélangent, le vent souffle fort. L’étape est plus courte que celle de la veille mais commence avec une montée de 1200 mètres tout de même. On alterne conversions et glissades dans la pente ! On se soutient, Adrien me demande sans arrêt comment je vais, ce qui permet de garder le sourire, même avec les conditions moins agréables. On essaie d’aller au plus vite, de remonter quelques places. On ne va pas trop vite non plus, ce serait dommage de ne pas profiter assez de l’étape n’est ce pas ?


« Au sommet nous savons que les spectateurs et les copains sont là avec toutes sortes d’objets bruyants tels que des cloches, une tronçonneuse« 


Sur la glace avant l’arrête du Grand Mont nous glissons et chutons tous les deux, mais heureusement on ne dévale pas les conversions que l’on venait de faire ! Crampons aux pieds et en route vers le sommet. Longue arrête sur laquelle le vent souffle encore plus fort ! Il nous glace le corps et il nous gèle les doigts. Malgré les ralentissements et les bouchons nous sommes heureux d’être là, au sommet nous savons que les spectateurs et les copains sont là avec toutes sortes d’objets bruyants tels que des cloches, une tronçonneuse, … La motivation est de plus en plus importante et on en oublie nos mains gelées, c’est que du bonheur et on profite ! Sommet atteint, mais qui dit sommet, dit descente pour rejoindre l’arrivée… Et pour cette dernière descente, je peux remercier Adrien pour sa patience. C’était dur et interminable, j’aurais préféré remonter au Grand Mont plutôt que descendre ! Pas de chute, pas de casse ! Une étape de plus accomplie qui nous permet de prendre le départ de la quatrième journée ! Surement la plus riche en émotions pour les coureurs de la Pierra Menta !

Le réveil du quatrième et dernier jour semble plus facile ! Nos amis et nos familles se sont levés bien plus tôt que nous et se sont équipés d’une frontale, de skis ou de raquettes pour rejoindre le col de la Forclaz. Les milliers de spectateurs créent une allée pour les coureurs et se positionnent autour. Pendant ce temps, nous nous échauffons avant le top départ de l’épilogue de cette course mythique.

La première grimpée fait 1200 mètres de dénivelé ! Malgré la pente très raide du départ la motivation est plus forte que jamais et le dénivelé s’accumule plus facilement. Au loin plein de petites silhouettes apparaissent et leurs voix résonnent dans nos oreilles. Les encouragements de nos proches et de nos amis nous vont droit au cœur, nous permettent de relancer pour atteindre le col ! Moment de vie magique et inoubliable ! Il faut le vivre en tant que coureur ou en tant que spectateur pour se rendre compte de la folie de l’instant ! Après ces nombreux soutiens la descente ne peut qu’être plus simple pour vite remonter le long de l’arrête et rejoindre à nouveau le col et nos spectateurs favoris ! Les derniers mètres ne sont plus qu’émotions et bonheur sous une météo plutôt agréable. Seul inconvénient et seule difficulté : cette ultime descente. Peu importe le temps que l’on mettra ce que l’on souhaite est d’arriver en bas entiers et sans casse ! Ce quatrième passage de ligne d’arrivée est celui rêvé depuis le début de notre pratique du ski alpinisme, depuis les mois d’entrainement passés sur les skis, depuis les semaines d’excitation, frayeur et crainte pour la Pierra Menta !

Mais nous y voilà ! Elle est là l’arrivée ! Sous les yeux de nos parents et amis les skis passent la ligne après 2100 mètres de dénivelé et 20 kilomètres. Un check de mains entre coéquipiers, des pleurs, des sourires chez tous les coureurs qui nous entourent, des amis qui passent la ligne d’arrivée avant et après nous c’est ça le final de la Pierra Menta ! Plus qu’à profiter de l’après course avec les autres équipes ! Plaisir et effort assurés !

A la fin de ces quatre longues, mais belles journées, nous finissons avec Adrien quatrième équipe mixte et 116ème équipe au classement général ! Satisfaits de nos montées, moins de mes descentes ! Plus qu’à continuer l’entrainement pour revenir dans un an !

Nous sommes déjà nostalgiques de cette Pierra Menta 2022 mais nous avons déjà le regard tourné vers celle de 2023 !

Le ski alpinisme est un sport assez méconnu du grand public. Comment et à quel âge as tu commencé ce sport ?

En effet je pense que le ski alpinisme est méconnu du grand public. Ce sport est connu essentiellement dans les Alpes ou autres lieux montagneux. Peu de personnes le pratiquent. Petit à petit il se développe. Il a été pratiqué d’avantage lorsque les stations de ski alpin étaient fermées à cause du Covid. De plus il fera son entrée aux jeux olympiques de 2026 en Italie ce qui va permettre à une majorité de mieux le connaître. J’ai connu ce sport grâce à mon père. Annécien de naissance il l’a pratiqué dans sa jeunesse. Certains de ses amis, dont mon parrain, ont fait la Pierra Menta il y a déjà quelques années.

Quand nous sommes venus vivre dans la région il y a 10 ans environ il a repris la pratique du ski de randonnée pendant que je faisais un peu de ski alpin le week end. J’en avais fait une seule fois, il me semble vers mes 10 ans. Je n’en ai que de vagues souvenirs. J’ai rencontré des amis qui m’ont initiée d’avantage quand j’ai commencé mes études. Petit à petit j’ai pris plaisir à skier avec les peaux de phoque sous les skis et à faire mes propres traces à la descente! J’ai pu découvrir des coins en montagne ou la foule du ski alpin n’était plus là et j’ai adoré. J’ai donc commencé fin 2017 à l’âge de 20 ans. Mes premières courses ont eu lieu en 2019. C’est devenu le sport que je pratique le plus. La Pierra Menta est considérée comme l’une des courses les plus dures en ski alpinisme avec plus de 10 000 mètres de dénivelé positif à faire en quatre étapes.

Comment est ce que l’on prépare une course pareille ?

Depuis plusieurs années je commence la saison avec le stage de ski alpinisme à Tignes organisé par le club de Méribel. Une bonne occasion pour retrouver les copains et chausser les skis mi-novembre. J’y passe entre une à deux semaines, ce qui fait la première préparation physique de la saison. Ski tous les jours, un peu de courses à pied et de sports collectifs. Le dénivelé s’accumule, et les coachs nous font progresser en technique. Ensuite, dès que la neige recouvre les sommets des Aravis je sors les skis sur mes jours de congés et de repos. Je suis infirmière et j’ai donc des congés plus souvent la semaine que les week-ends. Je ski souvent seule ou alors avec des copains du coin ! Je vais surtout skier quand la motivation est là et que les conditions sont bonnes : neige, soleil, … Je m’accorde des jours de repos sans sport. Je ne suis pas un programme d’entrainement comme le font les sportifs de haut niveau. Je n’ai jamais eu de coach personnel, je n’ai jamais fait une séance particulière comme des « intensités ». Je pars skier et selon les conditions, je mange un peu plus de dénivelé qu’un autre jour. Je profite avant tout, skier est pour moi un moyen de profiter de mon temps libre et décompresser après le travail.

Les quelques semaines avant la Pierra Menta j’essaie d’alterner sorties longues de plus de 2000 mètres de dénivelé et journées de repos. J’essaie de bien dormir pour arriver sur la ligne de départ reposée et en forme physiquement.

Qu’est ce que ca fait de concourir aux côtés des grands noms du ski et du trail comme Killian Jornet ou encore François D’Haene ?

C’est assez « fou » ! Quand on est sur la ligne de départ et qu’on se dit que quelques mètres devant il y a des sportifs connus du monde entier comme Killian Jornet, François D’Haene et d’autres encore, c’est incroyable. On va alors prendre le même départ, les mêmes traces pendant quatre jours! Plusieurs fois pendant la course je me suis dit « il y a Killian devant, tu te rends compte, tu le suis de loin mais tu le suis». Ça rajoute une couche à la motivation qui est déjà énorme !

Ce qui est appréciable, c’est que pendant ces quatre journées on les croise au briefing, chez les kinésithérapeutes, lors du diner et on arrive à discuter avec certains d’entre eux ! C’est chouette et c’est ce que je trouve magique dans ce sport. L’ambiance est géniale et peu importe le niveau que tu as, tu es ici comme n’importe qui, tu te sens à ta place dans la course.

Tu es aujourd’hui sponsorisée par La Sportiva et tu fais partie du Club des Sports de Méribel. Quels sont tes prochains objectifs sportifs ?

En effet je remercie La Sportiva sans qui je n’aurais jamais eu le matériel qui m’a permis de faire des courses de ski alpinisme et le Club de Méribel qui accompagne ses sportifs comme il se doit, avec les stages sportifs, les conseils permanents …

Mes prochains objectifs sportifs seront pour la prochaine saison de ski ! J’adorerais participer de nouveau à la Pierra Menta, grande course pas loin de la maison. J’aimerais également faire des sorties de ski en itinérance avec les copains.

Pour l’été qui arrive à grand pas, je n’ai qu’un seul objectif ! Réparer mon genou qui est blessé depuis déjà plusieurs années ! Une fois cet objectif atteint je reprendrai peut être le départ d’un trail ! Ou alors j’essaierai de découvrir un nouveau sport. Pourquoi pas le VTT, à voir !

📸 Paul Viard-Gaudin

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